Il y a deux ans environ, j’ai fait l’acquisition d’une chambre photographique. Une Voigtlander Avus. État impeccable. J’ai trouvé des châssis adaptés au format particulier de celle-ci, du 9x12cm, à peine plus petit que le 4x5inch américain. Objectif intégré. Pas de décentrement. À peine une bascule. Du matériel simple mais qui permet de remonter le temps et l’histoire de la photographie.

avus voigtlander chambre grand format
Voigtlander Avus de la fin des années 1920.

Réaliser une photo avec ce type de chambre n’est certes pas compliqué mais cela demande du temps, un budget et une méthodologie propre. Sur une échelle des pratiques, c’est juste à l’opposé du snap à l’iphone.

Cet été, j’ai eu la visite de Mei. Je lui ai demandé si un portrait à la chambre l’intéressait et elle a accepté. Elle  s’est donc prêtée au jeu. J’ai proposé le cadre de la série et comme d’habitude, je lui ai laissé toute latitude pour exprimer avec son corps et tout son être son état intérieur. Ce sont donc 6 portraits que nous avons réalisé pour traduire ses états d’âme internes en images : une sensation d’entre deux, de doutes et de transition intérieure.

NB : Côté méthodologie, pour chaque image, l’idée est de construire un cadre photographique, installer la personne, mesurer la lumière avec une cellule à main, procéder ensuite à la mise au point avec une loupe sur le dépoli, placer le chassis contenant le film à la place du dépoli, régler le couple ouverture-vitesse, armer, enlever le cache du film, suspendre le temps et déclencher à la main avec le déclencheur souple. Puis remettre le cache, enlever le chassis, faire attention de ne pas voiler le film au passage et remettre le dépoli. Ouf ! La concentration est donc de mise surtout qu’une fois le clic déclenché, on ne connaitra le résultat qu’au moment du développement du film. C’est à la fois stimulant et angoissant.

seance chambre photo grand format
L’image apparaît sur le dépoli, inversée

Chaque film a ensuite été développé par mes soins en chambre noire, séché, scanné puis archivé. Je réalise toujours un tirage contact que j’offre à la personne que je photographie en guise de remerciement pour sa collaboration.

Une photographie à la chambre, c’est une ode à la lenteur. Chacun vit une expérience à part, dans ce monde où tout va trop vite. Et ça fait un bien fou. Et c’est sans compter le plaisir de la matière argentique, la beauté du grain et la dimension essentielle dans ce monde de plus en plus dématérialisé de la photographie-objet.

Voici donc les 6 photos prises une après-midi de juillet 2016. En fin d’article, vous trouverez également le texte que m’a inspiré ce moment et que j’ai offert à Mei quelques jours plus tard.

Ceci est un portrait noir et blanc réalisé de manière artisanale avec une authentique chambre Voigtlander des années 1920.

Ceci est un portrait noir et blanc réalisé de manière artisanale avec une authentique chambre Voigtlander des années 1920.

Ceci est un portrait noir et blanc réalisé de manière artisanale avec une authentique chambre Voigtlander des années 1920.

Ceci est un portrait noir et blanc réalisé de manière artisanale avec une authentique chambre Voigtlander des années 1920.

Ceci est un portrait noir et blanc réalisé de manière artisanale avec une authentique chambre Voigtlander des années 1920.

Ceci est un portrait noir et blanc réalisé de manière artisanale avec une authentique chambre Voigtlander des années 1920.

Introspection

“Il est parfois des questions nocives, sans réponse. Les convulsions d’un monde intérieur sont le signe d’une agitation manifeste. Les lames de fond se brisent sur l’entêtement à nier l’évidence. Le moment est introspectif. Les repères du quotidien participe à la confusion. Partir. Oui partir pour comprendre. Au calme et dans le silence, la voix du cœur fait écho. Timidement. Puis librement. Admettre que ce qui fut n’est déjà plus est difficile. Tristesse passagère d’une femme face à elle-même et contemplation distante de son océan intérieur. Le temps est en guerre. Ce même temps qui demain matin enfantera l’espoir. Car ce qui doit être, adviendra. Reste à trouver les clés pour aimer son présent. Tumultueux et incertain. Un pas en avant. Puis un autre. Et arrivera le jour où elle chérira ses épreuves et remerciera pour la transformation offerte. Car ce qui sépare la chenille du papillon n’a jamais porté qu’un seul nom : la mue.”